Vers une cosmétique plus saine

26 Fév, 2019 | Santé au naturel

Nous sommes de plus en plus nombreux à souhaiter pouvoir nous laver, nous maquiller et prendre soin de notre corps sans mettre notre santé en danger…

… Mais cela est-il vraiment possible ?

Comment s’y retrouver dans la jungle des produits existants ?

Parabènes, éthers de glycol, formaldéhydes, PEG (Poly Ethylène Glycol), phtalates, composés perfluorés, huiles et cires de silicone…

Voici le nom de quelques « coupables » qui se glissent le plus souvent dans la composition de nos produits de soin.

 

Il existe pourtant une quantité très importante de méta analyses menées par la communauté scientifique mettant directement en cause ces produits chimiques dans l’émergence de nombreuses allergies, maladies chroniques et cancers hormono-dépendants.
L’effet pouvant être direct et/ou dû à l’accumulation dans notre corps de plusieurs ingrédients créant ainsi un véritable effet cocktail.

Alors pourquoi les industriels utilisent-ils ces substances ? Sont-elles indispensables ?

Tous ces produits jugés indésirables ont des propriétés très intéressantes pour la formulation de nos produits de soin (Propriétés antibactériennes, antifongiques, blanchissantes, capacité à produire une émulsion huile-eau, conservateurs, agents moussants…) et la suppression de certains d’entre eux peut modifier considérablement le produit final qu’il s’agisse de sa consistance, de son odeur ou de sa durée de vie. On comprend donc bien la limite de l’exercice et la difficulté à produire des produits cosmétiques 100% naturels et sains.

Les industriels, acteurs de ce marché lucratif, ont toutefois bien compris la demande croissante des consommateurs en matière de transparence et d’innocuité des produits et ils se consacrent de plus en plus à la recherche d’amélioration de leurs formulations. Le seul problème c’est que chacun le fait avec sa règle du jeu ce qui rend l’offre de plus en plus confuse…

Logos, labels, mentions,… Nos emballages s’habillent de milles promesses toutes plus séduisantes les unes que les autres mais qui ne sont pas toutes très claires ni très transparentes.

Que penser des produits dits « naturels » ou « biologiques » ?  Peut-on réellement les utiliser en toute confiance ?

Tout d’abord, quelques définitions …

Les ingrédients « naturels »  regroupent toutes les substances d’origine végétale, animale ou minérale. Ils doivent être obtenus et traités exclusivement au moyen de méthodes physiques (extrusion, centrifugation, filtration, distillation, extraction, …), de méthodes microbiologiques ou de méthodes enzymatiques.
Le problème est que la cosmétique naturelle n’est pas du tout encadrée et qu’aucune législation n’impose un pourcentage minimum d’ingrédients « naturels » dans un produit final déclaré lui-même « naturel ». Ainsi, il est tout à fait possible de trouver dans le commerce des produits cosmétiques « naturels » majoritairement composés de produits chimiques.

En ce qui concerne les ingrédients « BIO », bien que l’ensemble des marques s’entendent pour bannir les produits de synthèse et/ou issus de la pétrochimie ainsi que les pratiques portant préjudice à l’environnement, elles ne sont soumises à aucune contrainte précise.
En effet, contrairement à l’alimentation biologique, il n’y a pas de législation officielle ni de logo commun (comme le logo AB utilisé pour les produits alimentaires) concernant les produits cosmétologiques BIO. 
Pourquoi ? Tout simplement parce que certains ingrédients composants nos produits de soin ne peuvent pas être certifiés « d’origine biologique ». C’est le cas de l’eau : les crèmes en contiennent en moyenne 40% et les shampooings 70%. C’est également le cas des minéraux ou de l’argile fréquemment utilisés dans les produits de maquillage. En effet, pour pouvoir obtenir la certification « BIO », une substance doit être vivante  (extraits végétaux, huiles végétales, fruits…).
Les marques peuvent donc agir de façon assez libre et c’est ce qui crée tant de confusion dans l’esprit des consommateurs.

La norme ISO 16128 : une nouvelle norme qui fait débat

Dans un souci d’harmonisation internationale, l’organisation internationale indépendante ISO basée en Suisse, a mis au point une norme concernant les produits naturels et biologiques.

Mais celle-ci a récemment fait polémique lors de la parution de sa deuxième partie consacrée aux « critères relatifs aux ingrédients et aux produits ».

En effet, la norme ISO 16128 définit 4 catégories de produits  (biologique, dérivé biologique, naturel et dérivé naturel). Elle définit pour cela, « un indice de naturalité » qui se calcule à partir des pourcentages d’ingrédients d’origine naturelle ou biologique contenus dans le produit final. Un produit ne sera déclaré « naturel » que s’il contient plus de 95% d’ingrédients naturels. Pour la déclaration « produit BIO » il faudra 100% d’ingrédients BIO.

Alors pourquoi tant de craintes sont-elles exprimées par les labels les plus exigeants ?

La première raison c’est qu’il n’existe aucune liste de produits interdits ce qui permet à une marque contenant 95% d’ingrédients biologiques de se proclamer «Bio» même si les 5% restant sont issus de la pétrochimie. La deuxième concerne l’absence d’organisme officiel de contrôle, cette norme étant d’application volontaire.

Voici quelques conseils pour ne pas sombrer dans la psychose et retrouver le plaisir de prendre soin de soi :

La première prudence consiste à lire attentivement la liste des ingrédients.

Pas facile, à moins de posséder une solide formation en chimie organique, de parvenir à décrypter les listes d’ingrédients de chacun des produits qui envahissent nos salles de bain (savon, shampooing, crèmes, maquillage,…) mais voici quelques conseils :

Fuyez les produits ayant les listes d’ingrédients les plus longues.

Faites-vous aider par les applications mobiles.

En général, celles-ci vous demandent de scanner le code barre de votre produit de soin et vous indiquent en retour les substances potentiellement dangereuses en précisant ce qui les rend nocives (pouvoir allergisant, perturbateur endocrinien, potentiellement cancérigène…etc).

Attention toutefois à garder un certain esprit critique en vérifiant, par exemple, que l’application n’a pas été développée par un industriel fabricant de produits cosmétiques (il y en a plusieurs !)

Il faut également tenir compte du pourcentage des ingrédients étudiés dans le produit final (ceux-ci sont classés en ordre décroissant dans la liste) car certains ingrédients peuvent causer de vrais problèmes lorsqu’ils sont majoritaires et s’avérer sans réel danger lorsqu’ils ne représentent qu’une infime quantité du produit.

Consultez les sites spécialisés :

Comme le site : « La vérité sur les cosmétiques »  créé en 2009 par Rita Stiens. Ce site très sérieux et très complet permet de vérifier l’innocuité de nos produits grâce à la recherche INCI (International Nomenclature Cosmetics Ingrédients) qu’il propose.
Il vous suffit de rentrer le nom d’un ingrédient et la réponse s’affiche immédiatement précisant sa fonction (conservateur, solvant, antioxydant…etc.) ainsi que son évaluation selon une échelle de 7 niveaux (TB, B, satisfaisant…déconseillé).

Citons également L’Observatoire des Cosmétiques qui publie de nombreux articles concernant les marques, les produits, les ingrédients, la législation…etc

 

Le deuxième conseil est de sélectionner des marques ayant reçu des labels ou des mentions de qualité 

 

Beaucoup de logos et d’allégations fleurissent sur nos packagings dont certaines, apposées par des industriels adeptes du « greenwashing », sont incomplètes et trompeuses comme :

  • L’utilisation abusives des codes couleur naturels (vert et bleu)
  • Les mentions « sans » (sans paraben, sans phenoxyéthanol,…)
  • Les pourcentages « choc » : ex : «0% de silicone» ou «100%santé»
  • L’évocation du naturel (ex : «pour un soin NATURE»)

Heureusement, les labels de qualité, reconnus par la profession, sont là pour nous guider. Parmi eux, certains ont fait le choix d’une grande exigence :

Le label NATRUE :

Le label Natrue garantit une naturalité maximale et définit 3 niveaux de certification :

– Les produits cosmétiques naturels : En fonction du type de produit, un seuil minimal d’ingrédients naturels et un seuil maximal de substances transformées d’origine naturelle doivent être respectés. De nombreux produits certifiés à ce niveau contiennent des ingrédients biologiques, ce qui n’est pas une exigence mais un choix de la société.

– Les produits cosmétiques naturels en partie bio : En plus des exigences « cosmétiques naturels », au moins 70% de ces ingrédients naturels doivent provenir de productions biologiques contrôlées et/ou de cueillette sauvage contrôlée.

– Les produits cosmétiques biologiques : Au moins 95% d’ingrédients naturels doivent être issus d’une culture biologique contrôlée.

Le label NATURE & PROGRES :

Parmi les plus restrictif, le label Nature et Progrès, va au-delà d’un simple logo d’agro-écologie. Leur volonté est de sélectionner et encourager les acteurs :

  • qui proposent une vraie alternative agricole sociétaire et durable,
  • qui s’engagent pour préserver les équilibres naturels,
  • qui respectent l’environnement vivant,
  • qui n’épuisent pas les ressources
  • qui favorisent les pratiques artisanales, la proximité, l’autonomie en mettant les paysans au cœur du système.

La mention « SLOW COSMETIQUE » :

Créé en 2012 par Julien Kaibeck, aromathérapeute et cosmétologue,  La Slow Cosmétique® est « un mouvement de consommateurs actifs qui militent pour une cosmétique plus saine et plus écologique ». Il ne s’agit pas d’un label mais d’une mention attribuée aux marques répondant aux critères fixés par la Charte officielle de la Slow Cosmétique :

Une​ ​cosmétique​ ​« écologique » : Des ingrédients naturels et biologiques les moins transformés possible, à l’exclusion de tout ingrédient potentiellement polluant pour l’environnement ou l’organisme. Elle s’efforce de privilégier les circuits courts, le local et le  « zéro déchet ».

​- Une​ ​cosmétique​ ​«​ ​saine » : La Slow Cosmétique est formulée et pratiquée dans le respect de la santé de l’Homme, du végétal et de l’animal. Elle exclut les tests sur les animaux.

​- Une​ ​cosmétique « intelligente​ ​» et « raisonnable » : Des formules simples à base d’ingrédients issus des ressources biodisponibles. Elle prône la transparence et combat les fausses promesses et le « greenwashing ».

Le dernier conseil qui n’est pas le plus facile à appliquer mais qui reste le plus sûr c’est de faire ses produits soi-même !

De plus en plus de consommateurs se lancent dans l’aventure du « do it yourself » encouragés par les nombreux articles de presse, les sites, les blogs et autres propositions présentes sur le net.

Citons à nouveau Julien Kaibeck, fondateur du mouvement « Slow cosmétique », qui, au travers de nombreuses vidéos, nous guide pas à pas dans la confection de nombreux produits de soin réalisables à partir d’ingrédients naturels et/ou BIO (huiles végétales, huiles essentielles, extraits végétaux…)

Il est donc possible à chacun d’entre nous de chasser de nos salles de bain les produits les plus nuisibles à notre santé afin d’accéder à une cosmétique plus saine mais pour cela, il faut conserver l’esprit critique et bien lire les étiquettes… ou sortir nos flacons et nos pipettes et réaliser nous-mêmes nos produits de soin !

Françoise GOMART, SEKOIA CITY

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